La sécurité des pêcheurs, une responsabilité à partager

Par Glenn Budden
Bureau de la sécurité des transports du Canada

(Cet article a été publié dans l'édition de février 2015 de la revue Western Mariner.)

Tôt le matin du 18 mai 2013, le petit homardier Marie J rentrait à son port d'attache de McEachern's Point (Nouveau-Brunswick). Il avait écourté son incursion vers le golfe Saint-Laurent en raison du mauvais temps. Alors qu'il naviguait dans l'étroit chenal balisé pour revenir dans la baie deTabusintac, le bateau s'est échoué sur un banc de sable non balisé à proximité. Frappé par des vagues de 3 à 4 mètres alimentées par des vents du nord-est de 25 nœuds, le homardier est bientôt tombé du banc de sable et a sombré.

Même si le capitaine d'un bateau situé à proximité a appelé le centre 9–1–1, les 3 personnes à bord du Marie J se sont noyées, dont les 2 qui avaient été vues debout sur le pavois du côté tribord, sans veste de flottaison individuelle (VFI), se cramponnant à la timonerie.Note de bas de page 1

Les pêcheurs des provinces de l'Atlantique et de la Colombie-Britannique savent que leur profession comporte des risques, peu importe les eaux qu'ils sillonnent. Le Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST) le sait aussi. En 2010, nous avons ajouté l'enjeu de la sécurité des bateaux de pêche à notre Liste de surveillance des plus grands risques de sécurité en matière de transport au Canada. Puis, en 2012, nous avons publié un rapportNote de bas de page 2 qui ciblait les 10 lacunes de sécurité récurrentes dans l'industrie de la pêche, dont la moitié ont été observées, à des degrés différents, dans la tragédie du Marie J :

  • Engins de sauvetage : Les pêcheurs peuvent être réticents à porter des VFI, choisir de ne pas transporter de combinaisons d'immersion, n'avoir à bord que le matériel nécessaire pour garantir une conformité minimale aux règlements ou décider de ne pas avoir de radiobalise de localisation des sinistres ou de radeau de sauvetage.
  • Gestion des ressources halieutiques : Étant en concurrence pour obtenir leur part de ressources limitées, les pêcheurs peuvent être portés à courir des risques, comme sortir par mauvais temps.
  • Réglementation de la sécurité : Certaines provinces ont mis en place des politiques d'indemnisation des accidents du travail qui s'appliquent spécifiquement aux pêcheurs. Dans d'autres provinces, les pêcheurs n'ont aucune protection.
  • Formation : Certains pêcheurs évaluent et gèrent les risques en se basant sur leur expérience.
  • Pratiques de travail sécuritaires : Certains pêcheurs apprennent et renforcent leurs pratiques d'exploitation en se fondant sur l'expérience acquise et sur des échanges avec leurs pairs alors qu'ils devraient se tourner vers des formations reconnues et des programmes de sensibilisation.

Toutefois, l'une des constatations clés du rapport du BST sur la sécurité de la pêche publié en 2012 démontrait l'interdépendance complexe de ces enjeux, chacun agissant sur les autres de différentes façons. Il en va de même pour les solutions. Le fait de chercher à résoudre chaque question de sécurité isolément s'avère inefficace; elles doivent être traitées ensemble.

En novembre dernier, lorsqu'il a publié son rapport d'enquête sur le Marie J, le BST a souligné l'importance de cette façon de faire, mais a reconnu que les solutions varient d'une province à une autre. En Nouvelle-Écosse, par exemple, la Fisheries Safety Association et le Fisheries Sector Council travaillent avec le milieu de la pêche afin de promouvoir la sécurité; cet effort coordonné aide les pêcheurs à réaliser l'importance de la sécurité en tant qu'élément essentiel à leurs activités de pêche. Au Nouveau-Brunswick les initiatives sont toutefois limitées parce que Travail sécuritaire NB n'a pas l'autorité de réglementer la santé et la sécurité à bord des bateaux de pêche. Dans cette province, il n'existe malheureusement aucun organisme provincial sur la sécurité dans le secteur de la pêche pour promouvoir des méthodes de travail sécuritaire auprès des pêcheurs.

Pendant ce temps, en Colombie-Britannique, le Conseil consultatif de Fish Safe, qui est ouvert à tous les membres du milieu de la pêche, a créé ou a participé à la création de nombreux programmes et de nombreuses initiatives visant à développer des VFI pratiques pour les pêcheurs, à éduquer tous les membres de la communauté sur la pratique de la pêche en Colombie-Britannique, à améliorer l'éducation sur la stabilité et à fournir aux pêcheurs des manuels de sécurité, des séances de familiarisation et des formations pratiques. De même, l'organisme WorksafeBC est proactif dans le domaine de la sécurité des bateaux de pêche et participe activement aux initiatives provinciales; cet organisme prépare en outre des règlements particuliers aux activités de la pêche, les met en œuvre et voit à leur application.

De bons efforts sont déployés à l'échelle du pays, mais le problème demeure entier. On compte presque tous les mois le décès d'un pêcheur lié à la pêche et ce nombre n'a pas beaucoup changé depuis les cinq dernières années. De nombreux pêcheurs ne portent toujours pas de VFI; les saisons de pêche étant courtes, nonobstant la province ou le type de pêche, des pêcheurs se sentent encore obligés de sortir même par mauvais temps.

Nous ne pouvons qu'espérer que les tragédies, comme celle du Marie J, amèneront les responsables à réagir puisque les autorités fédérales et provinciales ainsi que les joueurs importants de l'industrie de la pêche doivent travailler de façon coordonnée et concertée. En attendant, le BST poursuivra son travail et continuera à demander des changements en enquêtant sur les accidents, en présentant des recommandations et en communiquant ses conclusions afin qu'un nombre toujours croissant de pêcheurs rentrent au port en toute sécurité.

Note en bas de page

Note 1

Rapport d'enquête M13M0102 du BST.

Retour à la note 1 référent

Note de bas de page 2

Rapport d'enquête M09Z0001 du BST.

Retour à la référence de la note de bas de page 2