Préserver la sécurité ferroviaire – et la confiance – de la nation

par Wendy A. Tadros,
Présidente, Bureau de la sécurité des transports du Canada

Cet article a été publié dans l'édition du 7 avril 2014 du Hill Times.

En juillet dernier, un train transportant du pétrole brut a déraillé dans la ville de Lac-Mégantic (Québec), entraînant dans la mort quarante-sept personnes. Cet accident a déclenché un mouvement d’indignation populaire aux répercussions profondes. « Nous ne voulons pas d’un autre Lac-Mégantic », ont dit les gens qui inondaient les tribunes téléphoniques et les pages d’opinion des lecteurs partout au pays. « Nous voulons aussi savoir ce qui transite par nos villes et nous voulons avoir la preuve que ce transport est sécuritaire. »

Leur angoisse est compréhensible. Et malheureusement, chaque nouvel accident à la une l’alimente : le déraillement d’un train dans une zone rurale de l’Alabama en novembre, qui a déversé du brut et provoqué une énorme boule de feu; un mois plus tard, les incendies causés par des wagons-citernes qui ont obligé des résidents du Dakota du Nord à évacuer leur maison; puis en janvier, le déraillement d’une douzaine de wagons-citernes qui se sont enflammés près de Plaster Rock (Nouveau-Brunswick).

Il n’est pas exagéré de dire que la sécurité de notre réseau ferroviaire est devenue l’un des enjeux majeurs du secteur du transport canadien. Il n’est pas faux non plus d’affirmer que la confiance du public s’est érodée.

Au Bureau de la sécurité des transports du Canada, nous ne ménageons pas nos efforts pour gagner et mériter la confiance du public. Lorsqu’une tragédie survient, nous nous efforçons de découvrir ce qui s’est passé et pourquoi, de manière à prendre des mesures pour éviter d’autres incidents semblables. Et lorsque ce que nous apprenons doit être connu immédiatement, nous n’attendons pas la publication du rapport final.

C’est ce qui s’est passé dans le cas de Lac-Mégantic : très rapidement, les enquêteurs du BST ont relevé d’importants problèmes de sécurité et les ont communiqués aux organismes de réglementation. Ensuite, en janvier, nous avons publié trois recommandations visant non seulement à renforcer les wagons-citernes qui transportent tant de liquides inflammables, mais aussi à faire en sorte que les sociétés ferroviaires planifient et analysent les itinéraires, et réalisent des évaluations des risques afin d’assurer dans la mesure du possible la sûreté des lignes sur lesquelles voyagent des marchandises dangereuses. Nous avons en outre incité les différentes communautés locales à créer des plans d’intervention d’urgence, afin qu’elles soient prêtes à affronter le pire.

Toutes ces actions visent un même but : promouvoir la sécurité des transports. Nous sommes un organisme indépendant, objectif et impartial. Par conséquent, lorsque des gestes concrets sont posés pour améliorer la sécurité, nous le signalons avec plaisir. Mais si les mesures adoptées sont insuffisantes, nous le disons aussi.

Plus tard au courant du mois, nous recevrons la réponse de la ministre des Transports à nos trois recommandations formulées par suite de l’accident de Lac-Mégantic. Nous avons bon espoir que des mesures pourront être mises en place rapidement pour réduire les risques constatés jusqu’à maintenant. Ce qui arrivera par la suite demeure incertain, mais une chose est claire : ce problème ne se limite absolument pas au Canada. Les chiffres sont en hausse à la grandeur de l’Amérique du Nord; d’un peu plus de 10 000 wagons de brut il y a cinq ans, on est passé à environ un demi-million en 2013. Par ailleurs, nos réseaux sont interconnectés avec ceux des États-Unis; c’est pourquoi, lorsque nous avons formulé nos recommandations en janvier, nous l’avons fait en coordination avec le NTSB. Ce geste sans précédent nous a aidés à envoyer un message clair et concerté : si elles souhaitent continuer à expédier du pétrole par rail et à faire transiter des volumes toujours plus grands d’un pays à l’autre, les entreprises devrontabsolument le faire de manière sûre.

Une catastrophe comme celle-là peut être un douloureux rappel à l’ordre. Les gens de Lac-Mégantic ne sont que trop conscients des enjeux. Et maintenant, à la suite de ce déraillement et d’autres accidents survenus ailleurs sur le continent, cette prise de conscience s’est faite aussi dans les autres localités. Les règles du jeu ont changé. Dorénavant, les citoyens ne se contentent plus de promesses : ils exigent des actions.

Il faut reconnaître que les sociétés ferroviaires canadiennes et la ministre des Transports semblent bien conscientes de ce fait et ont commencé à agir pour pallier certains des risques. Espérons que cette tendance se maintiendra, car la sécurité de la nation, tout comme sa confiance, n’est pas une mince affaire. Il faut la développer, l’entretenir et la protéger, jour après jour et année après année. C’est ce que nous avons toujours fait, et c’est ce que nous allons continuer de faire, au BST. Notre enquête est loin d’être terminée – il nous reste encore plusieurs mois de travail avant de publier notre rapport final –, mais nous avons une équipe d’experts qui s’y consacrera exclusivement tant que la tâche ne sera pas terminée. Je vous en donne ma parole.