La sécurité ferroviaire et la confiance du public

par Wendy A. Tadros,
Présidente, Bureau de la sécurité des transports du Canada

Cet article est paru dans sa version originale anglaise dans l'édition en ligne du Globe and Mail du 16 octobre.

Il y a à peine trois mois, la ville de Lac-Mégantic était très peu connue à l'extérieur du Québec. Elle est aujourd'hui tristement célèbre : un paradis détruit dont le nom évoque un désastre, une tragédie et de la peur.

« Nous ne voulons pas d'un autre Mégantic », disent des milliers de personnes dans des lignes et des lettres ouvertes partout au Canada. En fait, au cours des derniers mois, le niveau de préoccupation du grand public à l'égard du transport ferroviaire a augmenté de façon radicale et s'accroît avec chaque déraillement qui fait la manchette. Les Canadiens et les Canadiennes sont préoccupés, et leurs craintes vont au-delà d'une tragédie dans un village du Québec : elles portent sur la sécurité de tout le transport ferroviaire.

Dans ce nouvel environnement, l'industrie et le gouvernement ne peuvent plus se contenter de citer des registres de sécurité passés ou de faire état de la diminution progressive du nombre de déraillements en voie principale au cours des 20 dernières années. La confiance du public s'est érodée et les Canadiens et Canadiennes doivent être rassurés par la confirmation que des mesures sont prises, que les dangers sont ciblés et réduits et que les transports futurs seront sécuritaires.

Pour ce faire, l'industrie du rail devra réagir de façon magistrale et régler une multitude de problèmes, dont la plupart ont été soulevés par le BST depuis des années. Elle devra notamment installer plus de systèmes de détection des défauts de grande qualité en bordure de la voie; adopter des méthodes à sécurité intégrée modernes pour arrêter les trains; expédier des marchandises dangereuses seulement dans des wagons-citernes qui respectent les normes les plus rigoureuses; et avant tout, se doter de systèmes de gestion de la sécurité pour garantir que les méthodes soient respectées et que le matériel et les dispositifs fonctionnent comme prévu.

Mais le problème ne se limite pas aux déraillements des trains de marchandises en voie principale. Il y a seulement quelques semaines, six personnes ont perdu la vie lorsqu'un autobus bondé de banlieusards est entré en collision avec un train de VIA Rail à Ottawa. Les préoccupations sur la sécurité se sont étendues presque immédiatement aux plus de 20 000 passages à niveau au Canada.

Heureusement, dans ce domaine, des mesures sont prises et le gouvernement s'est engagé à adopter rapidement de nouveaux règlements sur les passages à niveau, règlements qui jusqu'ici étaient malheureusement demeurés dans une sorte de purgatoire consultatif. Ces nouveaux règlements plus rigoureux devraient entrer en vigueur d'ici le printemps 2014 et rendre les passages à niveau plus sécuritaires. Le ministre des Transports serait alors en mesure de clore un triste récit qui dure maintenant depuis plus de 20 ans.

Le gouvernement est aussi intervenu dans d'autres domaines, en publiant notamment, en juillet, une injonction ministérielle qui vise à améliorer la sécurité ferroviaire, et en particulier la sécurité des transports de marchandises dangereuses

Il s'agit d'une bonne démarche, à laquelle s'ajouteront les résultats de notre propre enquête sur l'accident de Lac-Mégantic. Nous espérons qu'en somme, des mesures seront adoptées pour éviter qu'un tel accident se reproduise.

Le prochain accident ne se produira toutefois pas dans les mêmes circonstances. Les variables seront inévitablement différentes. La prévention demande donc une perspective plus large et l'adoption de mesures de sécurité plus étendues. Les chefs d'entreprise et le gouvernement devront bien réfléchir aux pires éventualités et remettre en question des pratiques établies de longue date. Il faudra créer un plan proactif qui dépasse le cadre des règlements gouvernementaux.

Dans un contexte où les chemins de fer et les expéditeurs souhaitent transporter encore plus de pétrole par rail, espérons que toutes les personnes en cause comprennent bien tous les enjeux : la sécurité, bien sûr, mais aussi la confiance des Canadiens et des Canadiennes d'un océan à l'autre, car il est indéniable qu'ils connaissent maintenant les risques que cela représente. Les Canadiens et les Canadiennes savent que tous les jours, des centaines de trains de marchandises transportent des produits partout au pays et que ces trains empruntent des voies qui bordent leurs lacs et leurs rivières et qui traversent leurs villes et leurs villages. Ils méritent mieux que des paroles sur la priorité accordée à la sécurité. Ils méritent des actions. Ils méritent d'être libérés de la crainte que le prochain accident ait lieu dans leur ville, à un passage à niveau dans leur village ou même dans leur cour arrière.