La technologie évolue, tout comme les enquêtes sur les accidents

John Clarkson
Membre, Bureau de la sécurité des transports du Canada

Cet article est d'abord paru dans l'édition du printemps 2016 du Journal of Ocean Technology.

Depuis plus de 25 ans, le Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST) enquête sur des accidents maritimes d’un océan à l’autre. Lorsque survient un événement, nous enquêtons en profondeur pour découvrir ce qui s’est passé, puis nous poussons encore plus loin notre enquête afin de comprendre pourquoi cela s’est passé. En effet, ce n’est qu’en comprenant les causes et les facteurs contributifs d’un événement que l’on peut prendre des mesures pour éviter qu’il ne survienne à nouveau.

Les rapports du BST sont fondés sur des entretiens en profondeur, des analyses rigoureuses et des données fournies par certains des équipements scientifiques les plus sophistiqués sur le marché. En fait, depuis 1997, le BST fait de plus en plus appel à des logiciels de navigation pour avoir accès à un large éventail de données de navigation et de communication, puis les rejoue en temps réel afin d’étudier les dernières secondes, les dernières minutes ou même les dernières heures d’un voyage. Aujourd’hui, nous recueillons des données de tout type, qu’elles soient issues de systèmes de cartes électroniques, de systèmes d’identification automatique, d’enregistreurs de données de voyage ou d’enregistrements de bord, tels que des conversations sur les passerelles. Notre Laboratoire technique peut alors utiliser ces renseignements pour créer des représentations de toutes sortes, comme un modèle mathématique de navire ou une image 3D de l’environnement local, auxquelles il ajoute les littoraux ainsi que la position des navires dans les environs. Dans certains cas, nous pouvons même superposer les données à la trajectoire réelle du navire, pour ainsi mettre au point une animation avec son et effets spéciaux!

Au fil des ans, des reconstitutions assistées par ordinateur ont contribué à plusieurs enquêtes du BST, notamment :

  • en modélisant le fonctionnement interne du dispositif de largage d’un bateau de sauvetage, à la suite d’un accident mortel à bord du vraquier Sea Urchin dans la baie des Sept Îles (Québec) en 2006;
  • en reconstituant les derniers instants fatidiques du traversier à passagers Queen of the North, qui a coulé au large des côtes de la Colombie-Britannique en 2006;
  • en combinant des images fixes et des enregistrements vidéo à bord du grand voilier Concordia afin d’illustrer son renversement et son chavirement au large des côtes du Brésil en 2010;
  • en expliquant la cause d’un accident de grue mortel à bord du vraquier Federal Yoshino à Baie-Comeau (Québec) en 2013.

Les reconstitutions se révèlent très utiles pendant et après une enquête, surtout lorsque vient le temps d’en communiquer le contenu auprès des intervenants et du public canadien. En termes simples, certains facteurs techniques sont mieux compris visuellement, et disposer d’images convaincantes qui contribuent au récit des événements s’avère inestimable.

Ce genre de travail n’est pas chose facile, mais le BST est à la hauteur du défi. Tout comme les navires et leurs technologies, nous poursuivrons notre évolution afin de nous assurer que le réseau de transport maritime canadien demeure non seulement l’un des plus vastes au monde, mais aussi l’un des plus sécuritaires.