Promouvoir la sécurité des transports, une enquête à la fois

par Wendy A. Tadros

Cet article est paru en anglais dans l'édition de printemp 2013 du The Shipper Advocate.

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Wendy A. Tadros

Le téléphone sonne en plein milieu de la nuit. Un navire de charge s'est échoué dans la Voie maritime du Saint-Laurent et il bloque toute la circulation dans l'une des voies navigables les plus vitales au pays. On a avisé le personnel d'urgence et, en quelques heures à peine, des enquêteurs du Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST) sont en route pour évaluer la situation, interroger les témoins et examiner les éléments de preuve afin de répondre à trois questions clés : Que s'est-il passé? Pourquoi? Et comment pouvons-nous éviter que cela ne se reproduise?

Au cours des 20 dernières années et plus, les experts du BST ont enquêté sur des milliers d'accidents sur nos voies navigables, le long de nos pipelines ou de nos voies ferrées et dans notre espace aérien, toujours avec le même objectif : promouvoir la sécurité des transports en apprenant des leçons de sécurité, puis en communiquant ces leçons pour protéger tous les Canadiens.

Depuis sa fondation en 1990, le BST est reconnu comme un chef de file mondial en matière de sécurité des transports. Dans le secteur de la marine, par exemple, nos enquêtes et recommandations ont incité les organismes de réglementation internationaux à exiger que les navires commerciaux soient munis de survêtements protecteurs pour tous les membres d'équipage à bord. Au pays, les petits navires à passagers doivent désormais être dotés d'un radeau de sauvetage à dégagement automatique, les exploitants plus grands se dotent de plus en plus d'enregistreurs de données du voyage, et tous les passagers à bord de traversiers au Canada reçoivent désormais un exposé sur la sécurité avant chaque voyage.

Le transport sur rail a également fait l'objet d'améliorations à la sécurité. Comme suite au déraillement causé par des roues défectueuses, une enquête du BST a entraîné des mesures promptes pour retirer celles-ci du service. D'autres conclusions du BST ont mené à l'adoption de nouvelles normes de résistance à l'impact pour enregistreurs de données, à une meilleure communication de l'information d'urgence aux passagers, à des normes plus strictes en matière de rails d'entretien, à des dossiers informatisés pour faciliter les réparations des voies, et à un entreposage plus sûr des matières dangereuses à proximité de nos villes.

Ailleurs, la collaboration entre nos enquêteurs et les organismes de réglementation internationaux et fabricants du secteur de l'aviation a mené à de meilleures techniques d'inspection des pièces d'avion en composite. Le BST a également été influent en réduisant les risques liés aux matériaux d'isolation et débris contaminés qui peuvent propager les incendies, en interdisant aux pilotes d'atterrir dans des conditions de faible visibilité et en veillant à ce que les avions se posent au tout premier signe de fumée provenant d'une source inconnue.

Aucune de ces améliorations n'aurait été possible sans nos professionnels compétents et dévoués. Les experts du BST proviennent de plusieurs milieux différents – pilotes de ligne aérienne, experts du secteur ferroviaire et des pipelines, techniciens en informatique, journalistes, avocats, ingénieurs, pêcheurs, ingénieurs navals, officiers de marine et des membres des Forces canadiennes, pour ne nommer que ceux-là! Qu'ils s'emploient à méticuleusement rassembler les pièces d'un avion de ligne détruit, à faire une modélisation mathématique de l'intérieur du mécanisme de verrouillage d'un radeau de sauvetage, ou à formuler des arguments convaincants au profit du changement, ces femmes et ces hommes n'ont ménagé aucun effort pour que nos conclusions s'appuient sur des fondements scientifiques et des faits solides.

Voilà une grande responsabilité, et pour que nos enquêteurs s'en acquittent correctement, la Loi sur le Bureau canadien d'enquête sur les accidents de transport et de la sécurité des transports leur accorde des pouvoirs assez vastes, y compris la capacité d'arrêter les travaux sur les sites d'accidents, de limiter l'accès à ceux-ci, de réquisitionner les débris et de contraindre les témoins à les rencontrer en entrevue. Pourtant, nous ne cherchons pas à mettre en cause qui que ce soit, bien au contraire. Le Bureau n'est pas habilité à attribuer ni à déterminer les responsabilités civiles ou pénales. Ainsi, les témoins peuvent dire ce qu'ils savent, sans crainte de représailles ou d'accusations, pour que la sécurité soit la priorité.

Et comme nous sommes un organisme indépendant, nous sommes libres de dire ce qui doit être dit et de nous concentrer sur la sécurité plutôt que sur la politique.

Le BBC Steinhoeft (Photo: René Beauchamp)

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Quelle incidence tout cela a-t-il sur le secteur des transports au Canada? Eh bien, lorsque survient un incident, vous pouvez être certain que nous serons sur place, comme dans l'échouage accidentel décrit au début du présent article. Dans ce cas, le navire de charge BBC Steinhoeft s'est échoué près de Saint-Lambert, au Québec, en mars 2011. Nos experts ont ensuite soulevé toute une gamme de questions, y compris en ce qui a trait à l'enregistreur de données du voyage, au système d'identification automatique, à l'erreur de parallaxe, à l'effet de succion de la berge – même à l'éclairage du canal de la Rive-Sud! Au terme de notre enquête, la société qui gère la voie maritime a réparé l'éclairage en aval de l'écluse Saint-Lambert, en plus de modifier ses instructions aux opérateurs de limiter l'augmentation du débit pour les navires en direction aval dans le secteur.

Ce n'est là qu'un seul exemple. En 2012, le BST a aussi publié une mise à jour de sa première Liste de surveillance. Cette liste, qui brosse un tableau des enjeux qui posent les plus grands risques aux infrastructures de transport du Canada, a servi de plan directeur pour le changement et a mené à plusieurs améliorations aux modes de transport maritime, ferroviaire et aérien. En combinant notre Liste de surveillance et une série de vidéos qui expliquent chaque enjeu, nous nous efforçons plus que jamais à promouvoir la sécurité d'un océan à l'autre.

Et ce n'est pas tout. Le BST entend continuer d'enquêter sur les accidents en s'efforçant de déterminer ce qui est arrivé, et pourquoi. Nous le faisons – comme tout ce que nous faisons – parce que des infrastructures de transport sécuritaires sont vitales pour tous les Canadiens, qu'il s'agisse de nos voies navigables, le long de nos pipelines et voies ferrées ou dans notre espace aérien.

Le BST est un organisme indépendant qui mène des enquêtes sur des événements maritimes, de pipelines, ferroviaires et aéronautiques. Son seul but est de promouvoir la sécurité des transports. Le Bureau n'est pas habilité à attribuer ni à déterminer les responsabilités civiles ou pénales.