La sécurité dans l'industrie de la pêche – une grande priorité du BST

Par Wendy A. Tadros

(Cet article est paru dans l'édition de novembre 2012 de la revue Western Mariner.)

Le 3 mai 2011, le petit bateau de pêche Silver Angel faisait route vers le port qui se trouve juste au sud de l'île de Cape Sable, en Nouvelle-Écosse. Peu avant l'aube, au terme d'un long quart de nuit, l'un des deux membres d'équipage est tombé à la mer alors qu'il remontait les stabilisateurs à paravane de tribord du vaisseau. Malgré ses appels à l'aide et les plus grands efforts du capitaine pour le sortir de l'eau, quelques minutes ont suffi pour qu'il disparaisse dans la brume.

Le BST a officiellement enregistré cet accident dans ses bases de données comme étant la 143e perte de vie dans l'industrie de la pêche depuis 2000. Mais, pour les personnes touchées directement par cet accident – les familles et les proches de l'équipage –, ce ne sera jamais autre chose qu'une tragédie.

Au Bureau de la sécurité des transports, nous savons que chaque accident est une combinaison unique de causes et de facteurs contributifs, qu'ils soient humains, environnementaux, organisationnels ou mécaniques. Pourtant, ce qui s'est produit ce jour-là, et ce que nous avons réitéré cet été lorsque nous avons publié notre rapport d'enquête sur l'accident du Silver Angel, n'est que trop familier aux pêcheurs canadiens.

L'activité de la pêche comporte certains risques inhérents. Les pêcheurs le savent très bien – leurs familles pratiquent souvent ce métier depuis plusieurs générations. Mais aujourd'hui, au Canada, environ un pêcheur par mois perd la vie, mois après mois, année après année. Cela est inacceptable. C'est pourquoi, en 2010, le BST a insisté sur la question de la sécurité dans l'industrie de la pêche lorsqu'il a instauré sa Liste de surveillance – et c'est pourquoi cette question figurait toujours sur notre Liste de surveillance lorsque nous l'avons mise à jour en 2012. Toutefois, souligner qu'il s'agissait là de l'un des enjeux qui posaient les plus grands risques pour le système de transport canadien n'était qu'un début. Nous sommes allés plus loin cet été en publiant une étude plus approfondie sur la sécurité dans l'industrie de la pêche au Canada. Notre Enquête sur les questions de sécurité visait à découvrir pourquoi les mêmes types d'accident continuent de survenir, et quelles mesures doivent être prises pour réduire le taux d'accidents.

Non seulement avons-nous cerné dix problèmes de sécurité clés, mais nous avons également découvert des liens complexes qui font que chacun de ces problèmes a influé de différentes façons sur les autres. Par exemple, tomber à la mer, deuxième cause de décès accidentel dans cette industrie, n'est pas que le simple résultat de pratiques de travail négligentes. Elle est liée à l'équipement de sécurité, comme les harnais et les vêtements de flottaison individuels (VFI) – équipement que les pêcheurs ne portent pas parce qu'ils les trouvent encombrants, inconfortables ou peu pratiques. D'autres facteurs peuvent contribuer à ce danger – la formation, la fatigue ou le nombre de membres d'équipage – facteurs qui subissent eux-mêmes les pressions économiques du marché et du besoin de gagner sa vie.

Force est de reconnaître qu'il est tout simplement inutile de tenter de résoudre un à un ces enjeux pour la sécurité. Les solutions individuelles ne sont pas efficaces. En fait, nous avons conclu qu'aucun groupe ou gouvernement peut à lui seul relever tous les défis que pose un environnement aussi complexe. La collaboration demeure la clé. Les gouvernements fédéral et provinciaux doivent collaborer avec les leaders de l'industrie de la pêche pour établir des structures de gouvernance régionales qui feront en sorte que les pêcheurs pourront travailler en toute sécurité.

C'est déjà le cas dans certaines régions de notre pays. Des organismes comme Fish SAFE en Colombie-Britannique, le Comité permanent sur la sécurité des bateaux de pêche du Québec, la Fishery Safety Association de Nouvelle-Écosse et la Fish Harvesting Safety Association proposée à Terre-Neuve-et-Labrador sont tous en première ligne des nouveaux efforts collectifs. Ces organismes collaborent avec les propriétaires et exploitants de navires, les associations de pêcheurs, les usines de traitement du poisson, les gouvernements, les formateurs et les syndicats pour étudier ces enjeux dans leur ensemble. Ils s'emploient à cerner les méthodes risquées et à trouver des façons plus sûres de travailler.

Toutes ces initiatives ont évolué individuellement et elles sont certainement positives. Par contre, elles ne suffisent pas à elles seules, et elles ne sont pas encore en place dans toutes les régions. Nous devons nous appuyer sur les progrès réalisés à ce jour, les multiplier et les étendre à l'échelle du pays. En collaborant, nous pourrons développer et instaurer une culture de sécurité dans l'ensemble de la communauté des pêcheurs, une culture où les pratiques de travail sécuritaires sont courantes et où les défis de ce milieu sont l'affaire de tous ses intervenants.

Entre-temps, le BST va continuer d'assurer la sécurité. Outre nos rapports d'enquête, notre Liste de surveillance et notre Enquête sur les questions de sécurité de cet été, nous avons également mis au point une brève vidéo et publié un dépliant rempli de conseils pratiques et d'information pour favoriser la sécurité au travail. Nous avons ensuite veillé à ce que ce livret soit distribué aux associations de pêcheurs de l'ensemble du pays. Notre objectif est clair : un exemplaire de ce livret à bord de chaque navire. C'est un objectif ambitieux, mais avec un peu de chance, cet outil nous aidera à mettre en valeur ce qui devrait être la priorité de tous : s'assurer que chaque pêcheur revient toujours à bon port.

Le BST est un organisme indépendant qui mène des enquêtes sur des événements maritimes, de pipelines, ferroviaires et aéronautiques. Son seul but est de promouvoir la sécurité des transports. Le Bureau n'est pas habilité à attribuer ni à déterminer les responsabilités civiles ou pénales.