Un milieu unique avec des défis bien trop réels

Par Wendy A. Tadros

(Cet article est paru dans l'édition du 12 novembre 2012 de la revue Hill Times.)

Même au sein d’un pays à la géographie aussi vaste et variée, le Nord du Canada reste fondamentalement différent et pas seulement au chapitre du climat, du paysage ou de la population, mais également de son fonctionnement.

Les routes sont plus rares, il y a moins de villes et la distance entre celles-ci est beaucoup plus grande. Les produits et les services ainsi que les gens sont plus souvent transportés par avion... ou par bateau lorsqu’il n’y a pas trop de glace. De plus, lorsque quelque chose ne tourne pas rond, le mot « éloigné » peut signifier la mort.

Au Bureau de la sécurité des transports, nous avons passé plus de 20 ans à enquêter des accidents dans le but d’informer la population canadienne de nos conclusions. Les gens qui travaillent avec nous sont experts dans leur domaine et ils sont déterminés à trouver ce qui s’est passé et pourquoi, puis, comment on peut faire pour éviter que l’accident ne se répète. De plus, ils connaissent mieux que quiconque les défis trop réels du travail au sein d’un milieu aussi unique.

Par exemple, ils savent que les infrastructures du Nord sont souvent plus rudimentaires. Les aéroports peuvent n’avoir qu’une piste en gravier et une capacité réduite d’intervention en cas d’écrasement ou d’incendie. La plupart des avions qui volent entre ces aéroports sont également plus petits et bon nombre d’entre eux sont dotés de systèmes de navigation et d’alarme moins élaborés.

Par conséquent, il n’est pas surprenant que ces petits appareils — habituellement utilisés pour les activités liées à la foresterie et aux levés, exploités comme taxi aérien ou navette d’approvisionnement et utilisés lors d’évacuations sanitaires — représentent plus de 90 % des accidents et décès en aviation.

Les marins font aussi face à des problèmes d’ordre géographique : lorsque la fonte de la glace de mer dans l’Arctique ouvre de nouvelles routes maritimes, l’augmentation du trafic maritime fait en sorte que les vieilles cartes de navigation des décennies antérieures n’offrent pas suffisamment de données. De plus, avec la hausse de l’écotourisme et le nombre croissant de navires de croisière, le problème ne fera qu’augmenter.

Il ne s’agit toutefois pas d’une prédiction hypothétique, comme le démontrent deux accidents médiatisés récents.

En 2010, le navire à passagers Clipper Adventurer s’échoue dans le golfe Coronation, au Nunavut, lors d’une croisière de deux semaines dans l’Arctique. Pendant près de deux jours, les quelque 200 personnes à bord sont prisonnières jusqu’à ce qu’on les transfère sur un brise-glace. Bien qu’il soit heureux que personne n’ait été blessé, le rapport d’enquête du BST révèle que moins de 10 % de la région a fait l’objet de levés conformément aux normes actuelles et que de nombreuses cartes comprennent des données —vieilles de plus de 50 ans — obtenues au moyen de technologies beaucoup moins fiables que celles d’aujourd’hui.

Ensuite, en 2011, un Boeing 737 a heurté une colline à 1,6 km à peine de l’aéroport à Resolute Bay, au Nunavut, tuant 12 des 15 personnes à bord. Par pure coïncidence, le personnel de recherche et sauvetage se trouvait à quelques kilomètres de là en raison d’un exercice d’entraînement militaire tenu tout près visant à démontrer la capacité du Canada dans le Nord.

Dans les deux cas, la situation aurait pu être plus grave et le navire Clipper Adventurer, en particulier, se révèle un récit édifiant. Après tout, que ce serait-il passé si le navire avait pris l’eau ou même coulé?

Le but n’est pas d’affirmer que le Nord est dangereux, seulement qu’il existe des risques dont il faut être conscient. Dans l’ensemble, ceux et celles qui y gagnent leur vie sont au courant, tout comme ils ou elles savent que la prudence est encore plus de mise dans le Nord.

Le BST est bien au fait de cette situation, ce qui explique pourquoi nous militons, de façon continuelle, pour tenter d’améliorer les normes de sécurité et l’équipement. Par exemple, notre récente Liste de surveillance sur la sécurité, soit un document qui souligne les enjeux qui posent les plus grands risques pour le système de transport canadien, réclame une amélioration des procédures d’approche de navigation avec une utilisation accrue de la technologie, en particulier pour les petits aéronefs qui volent vers les endroits les plus éloignés du pays. De plus, étant donné le potentiel d’augmentation de la circulation maritime dans le Nord, il est essentiel de déceler les défis relatifs à la navigation et de les communiquer aux équipages.

Nous ne lâcherons pas prise, puisque les problèmes ne disparaitront pas. Étant donné que les ressources naturelles de la région sont de plus en plus recherchées, le Nord canadien s’ouvrira inévitablement davantage, ce qui signifie un plus grand nombre de personnes, un transport accru, ainsi que la nécessité d’insister encore plus sur la sécurité.

Heureusement, c’est exactement ce que nous faisons de mieux.

Le BST est un organisme indépendant qui mène des enquêtes sur des événements maritimes, de pipelines, ferroviaires et aéronautiques. Son seul but est de promouvoir la sécurité des transports. Le Bureau n'est pas habilité à attribuer ni à déterminer les responsabilités civiles ou pénales.