Articles

Le bilan de sécurité au Canada se compare à celui des autres pays, mais l’espace aérien canadien n'est pas sans risque

Par Kathy Fox,
Présidente, Bureau de la sécurité des transports du Canada

Cet article a été initialement publié dans le numéro du 26 octobre 2016 du journal The Hill Times.

Le transport aérien est un élément crucial de l'économie canadienne. Il met en rapport les personnes et les marchandises, et lamine les distances de notre vaste pays, d'un océan à l'autre. Qu'ils soient de St. John's, d'Ottawa, de Victoria ou d'Inuvik, les Canadiens et Canadiennes s'enorgueillissent de leur réseau aéronautique, qui figure parmi les meilleurs au monde et qui se distingue au chapitre de la sécurité.

Toutefois, cela ne signifie pas que l'espace aérien canadien ne présente aucun risque.

C'est là que nous intervenons. Le Bureau de la sécurité des transports du Canada a pour mandat d'enquêter sur certains événements de transport, de cerner les risques dans le secteur et de communiquer ce qu'elle en retire au public canadien et aux intervenants les plus influents pour apporter des changements. La plupart du temps, lorsque les experts du BST font une recommandation, les organismes de réglementation et le secteur d'activité la prennent au sérieux et y réagissent comme il se doit. Cependant, il arrive parfois que ces mesures ne soient pas suffisantes.

Par exemple, il y a incohésion dans la façon dont les compagnies doivent gérer les risques dans leur organisation. D'une part, certaines compagnies s'appuient seulement sur la réglementation pour déterminer ce qui est sûr ou dangereux, même si cette approche ne peut couvrir chaque éventualité. D'autre part, certaines compagnies sont tenues d'utiliser un outil plus formel et systémique appelé système de gestion de la sécurité, ou SGS. Cet outil amène à un examen plus approfondi de tous les aspects opérationnels, puis à une analyse pour déterminer les plus grands risques et à une mise en œuvre de mesures d'atténuation pour prévenir les accidents.

Qu'il s'agisse d'un grand transporteur qui emploie un SGS depuis des années ou d'un transporteur plus petit en pleine transition, il importe que les compagnies montrent qu'elles peuvent mener leurs activités en toute sécurité. Si elles ne le peuvent pas, c'est alors à l'organisme de réglementation, Transports Canada, d'intervenir et de surveiller de façon appropriée leurs activités. Comme l'a souligné le BST plus tôt cette année dans son rapport d'enquête sur l'accident mortel d'un hélicoptère d'Ornge survenu en 2013 à Moosonee, en Ontario, une simple vérification de la conformité des exploitants aux exigences réglementaires minimales est insuffisante.

Cet événement a levé le voile sur une compagnie qui était incapable d'assurer la préparation de l'équipage, sur le plan opérationnel, à voler dans les conditions atmosphériques qui prévalaient cette nuit-là; une compagnie dont les activités de gestion de la sécurité étaient compromises par un manque d'effectif et du personnel inexpérimenté dans des postes clés. L'organisme de réglementation était au courant de plusieurs de ces problèmes et son approche solidaire à la supervision d'un exploitant prêt à collaborer a tout de même permis à ces non-conformités et pratiques dangereuses de persister.

Cette réticence à intervenir et à agir (ainsi que le fait de ne pas savoir quelle est la limite de ce qui est admissible) transcende une seule compagnie ou même un seul accident. De nombreuses enquêtes du BST ont relevé cette problématique. En fait, elle est à ce point fréquente qu'elle occupe une place importante sur notre Liste de surveillance des enjeux de sécurité. Sans refonte importante de la façon dont Transports Canada supervise les compagnies dans leur gestion de la sécurité et dans la façon dont ces compagnies démontrent l'efficacité de leurs processus de sécurité, ce problème risque de persister encore longtemps.

Le BST surveillera de près cet enjeu, de même que la façon dont l'organisme de réglementation répond à toutes ses recommandations. En effet, les SGS ne sont pas le seul aspect de l'aviation qui a besoin d'améliorations. Peu de progrès ont été réalisés, sinon aucun, par rapport à d'autres enjeux, telles l'harmonisation avec les normes internationales sur les enregistreurs de conversations de poste de pilotage, une meilleure formation sur la prise de décisions par les pilotes et la gestion des ressources de l'équipage. Il s'agit pourtant de domaines où nous avons cerné des risques graves et systémiques. Cela est tout simplement inacceptable, en particulier parce que la mise en œuvre de nos recommandations pourrait réduire considérablement les risques dans le système de transport.

Le BST publiera prochainement la dernière mouture de sa Liste de surveillance. Nous y présentons de façon on ne peut plus claire les enjeux de sécurité à aborder dans le système de transport au Canada. Nous indiquerons en outre les mesures précises à prendre pour rassurer tous les Canadiens que l'on s'attaque à ces risques. Lorsque nous constaterons des améliorations, nous le dirons. Par contre, lorsque les mesures prises seront insuffisantes, nous le dirons également. Les Canadiens et Canadiennes ne méritent rien de moins.