Articles de fond du BST

Cet article a paru en anglais dans la revue Hill Times, août 2011

Le gouvernement doit faire preuve de leadership en matière de sécurité des hydravions

par Jonathan Seymour, Bureau de la sécurité des transports du Canada

C'est l'été, et de plus en plus de vacanciers canadiens s'aventurent hors des sentiers battus. Oubliez les longs trajets sur la route. Ces aventuriers intrépides prennent des hydravions commerciaux au Québec, en Colombie-Britannique, et à une centaine d'endroits à travers le pays afin d'explorer les coins les plus reculés du Canada, et voir la beauté de ses milieux sauvages.

Cela dit, pas besoin d'aller se perdre dans la brousse pour trouver des ennuis.

En novembre 2009, par un après-midi de tempête, un hydravion a décollé de Lyall Harbour, sur l'île Saturna, dans la région sud des îles Gulf, en Colombie-Britannique. Quelques instants plus tard, l'hydravion a perdu sa portance et s'est écrasé dans l'eau glacée. Les huit occupants ont survécu à l'impact, mais six d'entre eux, y compris une mère avec son bébé dans les bras, se sont noyés parce qu'ils n'ont pas réussi à sortir de l'avion.

Cette année, lorsque le Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST) a diffusé son rapport d'enquête sur cet écrasement, il a émis deux recommandations. Premièrement, les sorties normales et les issues de secours de tous les hydravions commerciaux, neufs ou existants, devraient permettre d'évacuer rapidement l'appareil après un écrasement. Deuxièmement, les occupants devraient porter un dispositif leur permettant de flotter lorsqu'ils sont dans l'eau.

Récupération de l'Hydravion Beaver
Hydravion Beaver - Récupération

Ces deux recommandations reflètent les deux risques les plus couramment soulignés dans les enquêtes du BST, soit :

  • Si vous ne pouvez pas évacuer l'appareil, vous allez vous noyer.
  • Même si vous réussissez à sortir, si vous n'avez pas de dispositif de flottaison, vous risquez tout de même de vous noyer.

Dures vérités? Oh que oui, et des statistiques encore plus effarantes viennent appuyer ces observations : 70 % des décès lors d'un accident d'hydravion sont causés par la noyade; 50 % des occupants ne parviennent pas à évacuer l'appareil. Moins de 10 % de ceux qui réussissent à sortir de l'hydravion ont leur vêtement de flottaison individuel (V.F.I.).

C'est pourquoi la première recommandation du port du V.F.I. du BST remonte à 1994. Le BST déploie beaucoup d'efforts depuis de nombreuses années pour sensibiliser l'industrie sur le besoin de mettre en place des sorties d'évacuation faciles sur les hydravions en cas d'écrasement, mais les premiers progrès sur le sujet ne se sont que récemment manifestés : les deux associations représentant les plus importants transporteurs en hydravion de la Colombie-Britannique ont récemment accepté les recommandations du BST, et un fabricant fournit maintenant des portes avec poignées améliorées et des fenêtres éjectables.

Malheureusement, moins de 10 % des hydravions enregistrés au pays possèdent ces améliorations. Qu'en est-il ailleurs? Pensons aux amis en week-end de pêche au Labrador, ou à la famille de quatre en vacances dans le Nord de l'Ontario. Ils courent les mêmes risques, et ils méritent les mêmes protections.

De toute évidence, il faut une solution pancanadienne, mais c'est exactement là où se trouve le problème : chaque fois qu'il est question de mesures obligatoires, l'industrie amène plusieurs objections. Le premier argument, à savoir qu'un V.F.I. peut être accidentellement gonflé avant la sortie de l'appareil, semble non fondé, et surtout difficile à prouver, car plus de 90 % des occupants n'en portent pas ou le laissent derrière pendant l'évacuation. De plus, il est impossible de trouver, même après une recherche sur 20 ans dans les données du BST, un seul accident vérifiable durant lequel un V.F.I. a restreint les mouvements d'un occupant ou empêché celui-ci d'évacuer l'appareil.

Le deuxième argument, à savoir que les gros gilets de sauvetage étaient inconfortables, ou qu'on ne pouvait pas les porter par-dessus une tenue de ville ou de gros manteaux est maintenant chose du passé grâce aux nouvelles technologies. Dans l'industrie maritime, par exemple, les vestes « fers à cheval », avec gonflage manuel à air comprimé, sont maintenant courantes. Certains fabricants proposent un « sac banane » qui se porte autour de la taille et qui peut être gonflé, au besoin.

La solution, ou du moins le point de départ, est bien connue. Après l'écrasement de Lyall Harbour, les deux recommandations du BST ont été officiellement présentées à Transports Canada. Cependant, malgré beaucoup d'effort de sensibilisation auprès du public et de l'industrie, la réponse officielle de Transports Canada ne comprend pas d'engagement en faveur d'une stratégie claire pour régler ces problèmes. Selon le ministère des Transports, une réunion avec les différents groupes de l'industrie est prévue en août 2011. Les conclusions qui s'en dégageront seront soumises au Conseil consultatif sur la réglementation aérienne canadienne au printemps 2012, et constitueront la base pour d'éventuelles modifications aux règlements actuellement en vigueur.

Peut-on vraiment parler de progrès? Un procédé consultatif menant à un autre procédé consultatif, qui servira de base aux législateurs pour entamer d'autres consultations?

Soyons réalistes. Même si toutes ces discussions mènent à une entente quelconque sur les mesures à prendre, trop souvent par le passé les recommandations du BST ont été acceptées « en principe », et suivies d'une période d'inaction d'une quinzaine d'années, voire plus. Ce n'est pas parce que les législateurs ne savent pas faire la différence entre ce qui est sécuritaire et ce qui ne l'est pas, c'est parce que les opposants ont un intérêt financier à retarder les nouveaux règlements ou à diminuer leur portée.

Voilà une belle occasion de faire preuve de leadership, non? Il est temps d'enlever le sable de l'engrenage et de faire avancer la question. Nous savons que ces problèmes de sécurité existent. Nous les étudions depuis des années, et l'accident dramatique de Lyall Harbour a servi de rappel brutal. Nous avons aujourd'hui l'occasion parfaite pour améliorer la sécurité des hydravions pour tous les Canadiens. Ne laissons pas passer cette chance.